Lori et Tavush

Le nord vert de l'Arménie : gorges boisées de la Debed et de l'Aghstev, monastères des Xe-XIIIe siècles, hêtraies du Tavush et villages à 1 500 mètres.

Le Lori et le Tavush forment la façade nord de l'Arménie, entre la Géorgie au nord et le lac Sevan au sud-est. Notre équipe à Erevan considère ces deux marz comme la part la plus verte du pays : on y passe en quatre heures de route des steppes de l'Ararat aux gorges boisées de la Debed et de l'Aghstev, où les versants disparaissent sous le hêtre, le charme et le chêne. L'altitude oscille entre 700 mètres au fond des canyons et 2 000 mètres sur les crêtes du Pambak et du Mietsavor, ce qui explique des étés frais, autour de 22 à 25°C, et des hivers neigeux où les villages se chauffent encore au bois.

Le Lori, à l'ouest, est marqué par la gorge de la Debed, une entaille de 60 kilomètres creusée dans le basalte. Deux monastères y dominent les villages perchés : Sanahin, fondé au Xe siècle, et Haghpat, légèrement postérieur, tous deux inscrits à l'UNESCO depuis 1996. Ils gardent leurs scriptoriums, leurs gavits et des khatchkars sculptés au XIIIe siècle. Plus au sud, Odzun aligne sa basilique du VIe siècle au-dessus du canyon, et le monastère d'Akhtala conserve des fresques byzantines rares dans le Caucase. La ville d'Alaverdi, en contrebas, est un ancien centre minier soviétique du cuivre, encore reliée à Sanahin par un téléphérique de 1976 que les habitants utilisent au quotidien.

Le Tavush, à l'est, change de registre. Les vallées deviennent plus humides, plus encaissées, et la forêt occupe près de la moitié du territoire. Dilijan, station thermale à 1 500 mètres, sert de porte d'entrée : sa vieille rue de Charambeyan a été restaurée avec ses maisons à balcons de bois, ses ateliers de potiers et de tourneurs. Autour, les monastères de Haghartsin et Goshavank, des XIe et XIIIe siècles, se nichent dans des clairières que l'on rejoint en quinze à trente minutes de marche depuis la route. C'est aussi ici que passe une portion balisée du Transcaucasian Trail, qui relie à terme la mer Noire à la Caspienne.

Le mode de vie reste rural et tourné vers la forêt. À Gosh, Haghartsin ou Yenokavan, les familles vivent de l'apiculture, de la cueillette des champignons, des noix et du cornouiller, et de petits troupeaux. Nous travaillons depuis plusieurs années avec des maisons d'hôtes qui préparent le ghapama, courge farcie au riz, fruits secs et miel, le jingalov hats fourré aux herbes sauvages, et le lavash cuit dans le tonir, four enterré. Le vin de Berd, à l'extrême est du Tavush, et les eaux minérales de Jermuk ou Bjni se trouvent sur toutes les tables.

La région garde une dimension frontalière qu'il faut connaître. Le Tavush jouxte l'Azerbaïdjan sur près de 350 kilomètres, et certains villages comme Chinari ou Aygepar restent proches de la ligne de contact. Les axes que nous empruntons, vers Dilijan, Ijevan, Berd-bourg ou la gorge de la Debed, sont sûrs et ouverts toute l'année. Le Lori, lui, est traversé par la M6 qui mène au poste-frontière de Bagratashen avec la Géorgie, ce qui en fait l'entrée naturelle pour les voyageurs combinant Tbilissi et Erevan.

Pour nous, le Lori et le Tavush sont la contrepartie verte et monastique des paysages arides du sud. On y vient pour la densité d'églises médiévales par kilomètre, pour les randonnées en sous-bois, pour les nuits chez l'habitant à 1 200 mètres d'altitude, et pour comprendre comment l'Arménie rurale fonctionne aujourd'hui, entre tourisme naissant, exode vers la capitale et retour de jeunes installés à Dilijan autour de l'UWC, college international ouvert en 2014.

À découvrir

Haghpat et Sanahin depuis la Debed. Deux monastères du Xe au XIIIe siècle perchés à 1 000 mètres au-dessus de la gorge, reliés par une route de crête de 10 kilomètres. Comptez une matinée pour chacun, avec arrêt aux khatchkars et au scriptorium de Sanahin.

Randonnée vers Goshavank et le lac de Gosh. Boucle de 8 kilomètres depuis le village de Gosh, en hêtraie, jusqu'à un petit lac de barrage naturel formé par un glissement de terrain. Le monastère du XIIe siècle abrite le khatchkar dit de Poghos, sculpté en 1291.

Yenokavan et la gorge de l'Aghstev. Falaises calcaires au-dessus d'Ijevan, parcourues par une via ferrata et une tyrolienne de 2 kilomètres. C'est aussi le départ de la grotte de Lastiver, atteinte en deux heures de marche, avec ses cabanes en bois louées à la nuit.

Soirée chez l'habitant à Haghartsin. Pain lavash cuit au tonir devant le voyageur, ghapama partagé en fin de repas, eau-de-vie de cornouiller distillée à la ferme. Nos hôtes parlent russe et arménien, parfois anglais, et expliquent l'apiculture locale.

Téléphérique d'Alaverdi. Cabine soviétique de 1976 qui relie en cinq minutes la ville industrielle au plateau de Sanahin, 380 mètres plus haut. Encore utilisée par les écoliers et les retraités du village, elle fonctionne pour environ 100 drams.

Quand y aller

La meilleure période pour le Lori et le Tavush s'étend de mi-mai à mi-octobre. Mai et juin sont les mois les plus verts, avec une herbe haute, des prairies en fleurs et des températures de 18 à 22°C en journée, mais aussi des averses régulières, surtout dans le Tavush qui reçoit jusqu'à 700 mm de précipitations par an. Juillet et août restent confortables grâce à l'altitude : 22 à 25°C à Dilijan quand Erevan dépasse 35°C, ce qui en fait un refuge climatique apprécié des Arméniens eux-mêmes. Septembre et début octobre offrent les ciels les plus stables et les couleurs d'automne sur les hêtraies, un moment que nous recommandons aux photographes.

De mi-novembre à mars, la région bascule dans un autre rythme. Les températures descendent à -5°C la nuit, la neige bloque les pistes secondaires, et certains accès aux monastères isolés comme Kobayr ou Horomayr deviennent glissants. Les axes principaux, Vanadzor-Dilijan-Ijevan et la M6 du Lori, restent dégagés, et un séjour hivernal court reste possible si l'on accepte des journées plus brèves. Avril est la saison à éviter : dégel, brouillards persistants dans les gorges et sentiers boueux qui rendent la randonnée peu agréable.

Conseils pratiques

Nous conseillons de consacrer trois à quatre jours pleins à la combinaison Lori et Tavush. Deux jours suffisent pour le Lori en se basant à Dsegh ou Alaverdi, le temps de voir Haghpat, Sanahin, Odzun et Akhtala. Deux autres jours s'imposent dans le Tavush, depuis Dilijan, pour Haghartsin, Goshavank, une randonnée et une nuit chez l'habitant. La région se prête à un trajet linéaire : entrée par la Géorgie au poste de Bagratashen, descente par la gorge de la Debed, traversée du col de Pambak à 2 100 mètres, puis Dilijan, avant de rejoindre le lac Sevan en une heure de route. C'est l'itinéraire que nous bâtissons le plus souvent pour les voyageurs qui combinent Tbilissi et Erevan.

Le confort est correct sans être luxueux. Dilijan dispose de deux ou trois hôtels de bon standing et de guesthouses bien tenues ; le Lori repose surtout sur des maisons d'hôtes familiales à 40-60 euros la nuit en demi-pension. La région convient particulièrement aux randonneurs, aux amateurs d'architecture médiévale et aux voyageurs contemplatifs qui acceptent de marcher entre les sites. Les familles y trouveront leur compte grâce aux activités de Yenokavan et aux distances courtes entre villages. Pour les voyageurs pressés ou orientés grands paysages minéraux, nous suggérons plutôt de privilégier le Vayots Dzor et le Syunik au sud.

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