Lac Sevan et Gegharkunik
Le plus grand lac d'altitude du Caucase, à 1 900 mètres, cerné de monastères du IXe siècle, de champs de khatchkars et de villages de pêcheurs d'ishkhan.
Le lac Sevan occupe une cuvette tectonique de 1 240 km² à 1 900 mètres d'altitude, au centre-est de l'Arménie. C'est l'un des plus grands lacs d'altitude du Caucase, et il structure à lui seul la province de Gegharkunik. Depuis Erevan, nous y accédons en deux heures par la M4, qui franchit le col de Sevan à 2 114 mètres avant de découvrir la nappe d'eau d'un bleu profond, cernée par les crêtes du Geghama au sud et de l'Areguni au nord.
Le climat ici n'a rien à voir avec celui de la plaine de l'Ararat. Les hivers sont longs, le lac gèle partiellement de décembre à mars, et la saison chaude se concentre entre juin et septembre. Cette altitude impose un autre rythme : les villages de pêcheurs comme Tsapatagh ou Shorzha vivent au ralenti hors saison, puis s'animent dès que les familles d'Erevan remontent passer le week-end au bord de l'eau. La pêche, longtemps menacée par la baisse du niveau du lac au XXe siècle, reste une activité importante autour du sig (corégone introduit dans les années 1920) et de l'ishkhan, la truite endémique qu'on sert grillée dans les restaurants de la presqu'île.
Gegharkunik est aussi un conservatoire de patrimoine arménien médiéval. Sur la presqu'île qui pointe vers le nord, le monastère de Sevanavank, fondé en 874 par la princesse Mariam, se dresse au bout d'un escalier de 200 marches. Les deux églises de tuf noir, Sourp Arakelots et Sourp Astvatsatsin, gardent une sobriété qu'on retrouve dans toute l'architecture du IXe siècle. À une cinquantaine de kilomètres de là, le cimetière de Noratus aligne près de 900 khatchkars, ces stèles funéraires sculptées en croix entre le IXe et le XVIIe siècle. C'est le plus grand champ de khatchkars conservé en Arménie depuis la destruction de celui de Djoulfa au Nakhitchevan dans les années 2000.
Au-delà des sites connus, la province réserve quelques détours que nous recommandons selon la durée du séjour. Le monastère d'Hayravank, perché sur un éperon basaltique au-dessus du lac, offre une halte plus calme que Sevanavank. Le village de Martuni, sur la rive sud, donne accès aux prairies d'altitude du massif du Geghama et à ses pétroglyphes préhistoriques, gravés entre 5 000 et 2 000 ans avant notre ère sur les pierres volcaniques entre 3 000 et 3 200 mètres. Plus à l'est, vers Vardenis, la steppe se vide et annonce déjà le Karabakh, ou plutôt ce qu'il en reste accessible aujourd'hui.
La cuisine locale est marquée par le lac et la haute altitude : ishkhan grillé ou cuit au four en sauce tomate, écrevisses bouillies vendues au bord de la route entre juillet et septembre, kyufta de pomme de terre, fromages des bergers du Geghama. Les marchés de Gavar, chef-lieu de province, restent fréquentés surtout par les habitants, ce qui en fait une bonne étape pour comprendre l'économie réelle de la région, faite de pêche, d'élevage et de petites cultures de pomme de terre.
Nous traitons rarement le Sevan comme une destination autonome. C'est plutôt une charnière entre le nord forestier (Dilijan, Tavush) et le sud désertique (Vayots Dzor, Syunik). Une ou deux nuits suffisent à en saisir l'esprit, à condition de quitter la M4 et de longer la rive est ou sud, beaucoup plus tranquille que les abords de la presqu'île.
À découvrir
Monastère de Sevanavank sur la presqu'île. Montée de 200 marches jusqu'aux deux églises de tuf noir du IXe siècle, avec vue sur la nappe bleue du lac et les crêtes de l'Areguni en arrière-plan.
Cimetière de khatchkars de Noratus. Près de 900 stèles sculptées entre le IXe et le XVIIe siècle, alignées dans une prairie à flanc de colline. Les bergères du village proposent parfois leurs chaussettes en laine à l'entrée.
Ishkhan et écrevisses au bord du lac. Entre juillet et septembre, les restaurants de Tsapatagh et de la rive sud servent la truite endémique grillée et les écrevisses bouillies pêchées le matin même.
Pétroglyphes du massif du Geghama. Excursion d'une journée en 4x4 depuis Sevan ou Geghard vers 3 000 mètres d'altitude, jusqu'aux gravures rupestres préhistoriques sur pierres volcaniques. Accessible uniquement de juin à septembre.
Monastère d'Hayravank au-dessus du lac. Petit ensemble du IXe-XIIe siècle posé sur un éperon basaltique sur la rive ouest, généralement désert, avec un point de vue dégagé sur le lac et les villages de pêcheurs.
Quand y aller
La meilleure période pour le Sevan s'étend de mi-juin à mi-septembre. En juillet et août, l'eau atteint 18 à 20°C, les températures de l'air oscillent entre 22 et 26°C en journée et redescendent autour de 12°C la nuit. C'est le seul moment où la baignade est envisageable et où les routes d'altitude vers les pétroglyphes du Geghama sont praticables. Septembre est une bonne fenêtre pour ceux qui veulent éviter l'affluence des familles arméniennes : les rives se vident dès la rentrée, la lumière devient plus rasante, et les écrevisses sont encore au menu.
De novembre à avril, la province se fige. Les températures descendent régulièrement sous -10°C en janvier, des portions du lac gèlent, et certains hôtels de bord de lac ferment. Une halte rapide à Sevanavank reste possible toute l'année depuis Erevan, mais nous déconseillons un séjour prolongé entre décembre et mars, sauf intérêt spécifique pour les paysages d'hiver. Mai et début juin sont agréables pour la culture (monastères, khatchkars) mais l'eau reste trop froide pour s'y baigner, autour de 10 à 12°C.
Conseils pratiques
Une à deux nuits suffisent à couvrir l'essentiel du Sevan : Sevanavank, Noratus, Hayravank et un repas au bord du lac. La province se traverse facilement en voiture depuis Erevan (70 km, 1h30 à 2h selon le trafic). Le confort hôtelier est inégal : quelques adresses correctes sur la rive nord-ouest et autour de Tsapatagh sur la rive est, plus calme et mieux exposée. Nous évitons systématiquement les grands complexes soviétiques rénovés à la va-vite près de la presqu'île.
Le Sevan s'articule bien avec Dilijan et le Tavush au nord, à une heure de route par le tunnel du col de Sevan, ou avec une descente vers le Vayots Dzor et Noravank au sud, en deux heures et demie. Pour un circuit classique de 10 à 12 jours en Arménie, nous l'insérons en général en milieu de parcours, après Erevan-Ararat et avant Vayots Dzor puis Syunik-Tatev. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'architecture médiévale et aux randonneurs estivaux qui veulent accéder au plateau du Geghama. Elle est moins adaptée aux familles cherchant des activités balnéaires structurées : l'eau reste fraîche et les équipements de plage sont sommaires.



