Syunik et Tatev
Province la plus méridionale d'Arménie, le Syunik aligne le monastère de Tatev accroché à sa gorge, le village troglodytique de Khndzoresk et les menhirs de Zorats Karer.
Le Syunik est la province la plus méridionale de l'Arménie, coincée entre l'Azerbaïdjan à l'est, le Nakhitchevan à l'ouest et l'Iran au sud. Depuis notre agence à Erevan, nous comptons 4 à 5 heures de route pour rejoindre Goris, le chef-lieu de district qui sert de base à la plupart des itinéraires. La route M2, qui descend de Vayots Dzor et franchit le col de Vorotan à 2 344 mètres, est aussi l'unique corridor terrestre qui relie l'Arménie à l'Iran : vous y croiserez autant de camions iraniens chargés de fruits secs que de 4x4 de voyageurs.
La géographie y est plus rude qu'ailleurs dans le pays. Les massifs du Zangezur et du Bargushat dépassent 3 900 mètres, les vallées s'enfoncent en gorges profondes, et les villages s'étirent sur des replats à 1 400 ou 1 700 mètres d'altitude. La Vorotan, principale rivière de la province, a creusé un canyon de plus de 700 mètres de dénivelé que l'on franchit en téléphérique pour rejoindre Tatev. Plus au sud, autour de Kapan et Meghri, le climat se réchauffe nettement, des vergers de grenadiers et de kakis apparaissent, et l'on sent l'influence iranienne dans la cuisine, notamment dans la généralisation du riz parfumé à la place du boulgour.
Le monastère de Tatev, fondé au IXe siècle, fut au Moyen Âge un centre intellectuel majeur de l'Arménie historique, avec une université active du XIVe au XVe siècle. Son ensemble fortifié, posé sur un éperon rocheux au-dessus de la gorge, garde encore son église Saints-Paul-et-Pierre (895-906) et son gavit du XIIIe siècle. Le téléphérique des Ailes de Tatev, mis en service en 2010, parcourt 5 752 mètres en 12 minutes depuis Halidzor : c'est l'option logistique la plus simple, mais nous proposons aussi la descente par l'ancienne piste qui passe par le pont du Diable et ses sources d'eau chaude sulfureuse à 27 °C.
Goris, à 1 400 mètres, est une petite ville d'environ 20 000 habitants connue pour son tissu urbain en pierre tuf et ses cheminées de fée que l'on aperçoit dès la sortie est. C'est de là que l'on rejoint Khndzoresk, village troglodytique creusé dans le tuf volcanique, habité jusqu'aux années 1950 puis abandonné quand le gouvernement soviétique a déplacé la population vers le nouveau Khndzoresk en contrebas. Un pont suspendu de 160 mètres, inauguré en 2012, traverse aujourd'hui le ravin et donne accès aux anciennes habitations et à l'église Saint-Hripsimé du XVIIe siècle.
Plus à l'écart, le site de Zorats Karer, près de Sissian, aligne plus de 200 menhirs basaltiques dressés sur un plateau à 1 770 mètres. Certains sont percés d'orifices que des chercheurs interprètent comme des viseurs astronomiques, datant les pierres entre 3 500 et 2 000 avant notre ère. À une heure de là, la cascade de Shaki tombe de 18 mètres en contrebas de la route, le débit est régulé en été pour l'irrigation : nous appelons toujours le gardien la veille pour confirmer qu'elle coule le jour de la visite.
Côté table, le Syunik se distingue par le zhingyalov hats, galette farcie de quinze à vingt herbes sauvages que les femmes de Goris préparent encore au saj, et par les fromages affinés en jarre de terre cuite (motal) que l'on trouve sur le marché du samedi. La région reste largement rurale, l'élevage ovin domine au-dessus de 1 800 mètres, et beaucoup de familles complètent leurs revenus avec l'apiculture et la cueillette de cornouilles dont on tire un alcool clair.
À découvrir
Téléphérique et monastère de Tatev. Traversée de la gorge de la Vorotan en 12 minutes au-dessus de 320 mètres de vide, puis visite du complexe monastique du IXe siècle, qui fut l'une des plus grandes universités médiévales d'Arménie.
Village troglodytique de Khndzoresk. Descente dans un ravin de tuf creusé d'habitations troglodytiques abandonnées dans les années 1950, accessible depuis Goris par un pont suspendu de 160 mètres.
Alignement mégalithique de Zorats Karer. Plus de 200 pierres dressées sur un plateau à 1 770 mètres près de Sissian, datées entre 3 500 et 2 000 avant notre ère, dont une vingtaine percées d'orifices interprétés comme astronomiques.
Zhingyalov hats de Goris. Atelier chez l'habitante autour de la galette farcie de quinze à vingt herbes sauvages cueillies au printemps, cuite sur le saj, plat emblématique du sud arménien et de l'Artsakh.
Route du sud vers Meghri. Descente vers la frontière iranienne par la M2, vergers de grenadiers à 600 mètres d'altitude, architecture en briques cuites et bazar de Meghri où l'on croise commerçants iraniens et arméniens.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable pour visiter le Syunik s'étend de mi-mai à mi-octobre. En juillet et août, Goris reste autour de 28 °C en journée et redescend à 15 °C la nuit grâce à son altitude de 1 400 mètres, mais Meghri, à 600 mètres dans la vallée de l'Araxe, peut dépasser 38 °C : nous évitons d'y programmer des marches en milieu de journée. Les mois de mai, juin et septembre offrent les meilleurs équilibres, avec des prairies fleuries au printemps et des forêts qui virent au roux fin septembre autour de Kapan.
De décembre à mars, la neige bloque régulièrement le col de Vorotan et complique l'accès à Tatev par la route basse. Les passages entre 2 000 et 2 400 mètres exigent alors des pneus cloutés, et certaines pistes secondaires (vers Zorats Karer ou les sources chaudes) deviennent impraticables. Avril et novembre sont des saisons de transition correctes en plaine mais souvent pluvieuses en montagne, avec 60 à 80 mm de précipitations par mois.
Conseils pratiques
Le Syunik se justifie à partir d'un voyage de 12 jours en Arménie, idéalement 15. En moins de temps, les 5 heures de route depuis Erevan grèvent trop le programme. Nous recommandons un minimum de 2 nuits sur place, l'une à Goris ou dans une guesthouse de Tatev, l'autre éventuellement plus au sud vers Kapan si vous souhaitez pousser jusqu'à Meghri ou randonner dans le parc national d'Arevik. Le point d'entrée logistique reste l'aéroport de Zvartnots à Erevan, l'aéroport de Kapan n'opérant pas de vols réguliers.
La combinaison la plus naturelle est avec Vayots Dzor, traversé en chemin : Noravank, Areni et ses caves, puis descente vers Goris en une journée de route avec arrêts. Pour un circuit complet, nous enchaînons ensuite par le lac Sevan en remontant vers le nord, ce qui évite de refaire la M2 dans l'autre sens. Le Syunik convient particulièrement aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'histoire médiévale et de randonnée modérée (le Transcaucasian Trail traverse la province), moins aux familles avec enfants en bas âge en raison des longues étapes routières. Le confort d'hébergement est correct sans être luxueux : guesthouses familiales bien tenues à Goris et Halidzor, deux ou trois hôtels de standing intermédiaire à Tatev.



