Vayots Dzor
Une vallée de canyons rouges et de vignobles entre Erevan et le Syunik, où l'on visite Noravank, la grotte d'Areni et le caravansérail de Selim à 2 410 mètres.
Le Vayots Dzor s'étire entre 850 et 3 120 mètres d'altitude, sur la route qui descend d'Erevan vers Goris et la frontière iranienne. La région forme un long couloir creusé par l'Arpa et ses affluents, bordé de falaises calcaires et de plateaux volcaniques. Le nom signifie en arménien la gorge des douleurs, en référence aux tremblements de terre qui ont marqué la région, notamment celui de 735 qui a détruit l'ancienne capitale Moz. Aujourd'hui, le chef-lieu Yeghegnadzor compte environ 7 500 habitants et sert de base logistique pour rayonner.
Trois éléments font la singularité du Vayots Dzor : la vigne, la pierre et l'archéologie. Le vignoble d'Areni, planté à 1 000 mètres sur des sols volcaniques, exploite un cépage autochtone, l'areni noir, dont les baies donnent un vin rouge sec à l'acidité marquée. Les fouilles menées dans la grotte d'Areni-1, à la sortie du village, ont livré en 2007 la plus ancienne chaussure en cuir connue, datée de 5 500 ans, puis en 2011 les vestiges d'un pressoir vinicole de 6 100 ans, soit le plus ancien complexe de vinification jamais identifié. Nous emmenons nos voyageurs visiter la cave d'Old Bridge ou celle de Trinity Canyon, où la dégustation se fait souvent avec le vigneron.
Le monastère de Noravank, fondé en 1205, occupe une gorge étroite aux parois ocre rouge à une quinzaine de kilomètres au sud d'Areni. L'église Sourb Astvatsatsin, achevée en 1339 par l'architecte et sculpteur Momik, présente une façade ornée de bas-reliefs et un escalier extérieur étroit qui mène à l'étage supérieur. Nous y arrivons de préférence entre 16h et 18h, quand le soleil rasant fait virer la pierre au cuivre. La gorge elle-même mérite une halte : on y croise des grottes utilisées comme bergeries et, au printemps, des massifs de coquelicots dans les éboulis.
Plus au nord, le col de Selim culmine à 2 410 mètres et abrite un caravansérail de 1332 construit sous le prince Tchesar Orbelian, sur la branche arménienne de la route de la soie reliant Tabriz à la mer Noire. La voûte en pierre noire, presque intacte, conserve les mangeoires creusées dans les murs latéraux. Le col reste fermé par la neige de novembre à mai et la route serpente sur 30 kilomètres entre estives et pâturages utilisés par les éleveurs yézidis transhumants.
La culture culinaire locale s'organise autour des produits de la vallée : khorovats (grillades) à base d'agneau de Sisian, fromages tressés tchetchil affinés en saumure, herbes sauvages cueillies au printemps comme le sindrik et le mandak, miels de montagne du village de Gnishik. Pendant la fête des vendanges d'Areni, début octobre, les ruelles du village se remplissent de tonneaux ouverts et de stands de gata, une brioche fourrée au beurre sucré. Les villages troglodytiques de Khndzoresk, plus au sud, et les habitations creusées de Khachik, à proximité immédiate de la frontière du Nakhitchevan, témoignent d'une tradition d'habitat rupestre prolongée jusqu'au XXe siècle.
La région reste peu peuplée, environ 50 000 habitants pour 2 308 km², avec une économie tournée vers la viticulture, l'élevage ovin et l'exploitation des eaux minérales de Jermuk, ville thermale perchée à 2 080 mètres et connue pour ses cascades de 70 mètres. Cette densité faible explique le calme des routes secondaires et la facilité de s'arrêter en bord de vigne ou dans un village pour échanger avec les producteurs.
À découvrir
Monastère de Noravank en fin d'après-midi. L'ensemble du XIIIe siècle se découvre au creux d'une gorge aux parois rouges, avec l'escalier extérieur sculpté par Momik en façade de Sourb Astvatsatsin. La lumière du soir y est la plus juste entre 16h et 18h.
Grotte et vignobles d'Areni. Visite du site archéologique d'Areni-1, où ont été mis au jour le plus ancien pressoir à vin connu et une chaussure en cuir de 5 500 ans, suivie d'une dégustation chez un vigneron travaillant le cépage areni noir.
Caravansérail du col de Selim. Construit en 1332 à 2 410 mètres sur la route de la soie, l'édifice en basalte noir conserve sa voûte d'origine. Accessible de juin à octobre, après la fonte des neiges.
Jermuk et ses eaux thermales. Station d'altitude à 2 080 mètres, connue pour ses sources chaudes minérales et une cascade de 70 mètres. Bon point de halte pour une demi-journée en marge des sites monastiques.
Villages de Khachik et Gnishik. Deux hameaux à l'écart, en bordure du parc national de Khosrov, où nous logeons parfois en guesthouse familiale. On y goûte le fromage tchetchil et le miel de montagne récolté sur les pentes au-dessus de la gorge.
Quand y aller
La meilleure période s'étend de mi-mai à mi-octobre. Les mois de juin et septembre offrent les conditions les plus stables, avec des températures diurnes de 22 à 28 °C à Yeghegnadzor et des nuits fraîches autour de 12 °C. Juillet et août sont chauds dans la vallée de l'Arpa, jusqu'à 33 °C, mais restent agréables en altitude à Jermuk ou sur le col de Selim. Les vendanges d'Areni se déroulent fin septembre et début octobre, période où nous recommandons particulièrement la visite.
De décembre à mars, le col de Selim est fermé par la neige et l'accès à Jermuk peut être ralenti par le verglas. Noravank reste accessible toute l'année par la gorge, mais l'éclairage hivernal y est moins flatteur. Avril et début mai connaissent des averses régulières qui rendent les pistes secondaires boueuses, en particulier autour de Khachik et Gnishik. Nous évitons de programmer la région entre mi-novembre et mi-avril, sauf demande ciblée sur les bains thermaux de Jermuk.
Conseils pratiques
Nous prévoyons systématiquement deux nuits sur place, suffisantes pour couvrir Noravank, Areni, le col de Selim et un village d'altitude. Une troisième nuit s'impose si vous souhaitez intégrer Jermuk ou randonner dans le parc national de Khosrov. Le point d'entrée se fait par la route M2 depuis Erevan, à 2h30 de voiture, sans aéroport régional. L'hébergement se concentre à Yeghegnadzor (hôtels de catégorie standard) et dans les guesthouses familiales de Khachik, Areni ou Yelpin, plus simples mais avec table d'hôte.
Le Vayots Dzor s'articule logiquement avec la région du Syunik et Tatev au sud, dans la continuité de la route M2 vers Goris, et avec Erevan et l'Ararat en amont. Nous le combinons rarement directement avec le Lac Sevan, qui passe par un détour, ou avec le Lori et Tavush situés à l'opposé du pays. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs de vin et d'archéologie, et aux randonneurs de niveau intermédiaire. Les routes principales sont bonnes, mais l'accès aux villages reculés se fait sur piste, parfois en 4x4 selon la saison.



